Ulysse Disparu
Video Loop, 6 minutes 45 seconds, HD
Sound by Simon Chioini
2014

Il semble que quelque chose soit arrivé mais nous ne savons quoi.
D'ailleurs je ne suis pas certain que le nous soit approprié; 
serais-je le seul survivant d'une catastrophe qui me propulse
dans ce voyage de retour vers les origines?
Je ne doute pas de ma présence mais je sais que je voyage sans corps,
je voyage immobile à la recherche d'une vérité enfouie dans les décombres de la mémoire du Temps, je voyage comme un pèlerin solitaire dans la rumeur des routes spatiales où je croise des objets qui sont de vagues fragments d'une réalité d'autrefois; des planètes qui offrent un lieu de recommencement pour une communauté inavouable.
Nous avons vécu avant de naître. Notre esprit se libère des entraves du corps et des contraintes du temps, explore l'espace infini, se réjouit à l'écoute du bruit de fond de l'univers, exhume le rayonnement obscure fossile où il y décèle une trace du jadis, une présence d'avant la naissance.
L'ombre est un trou dans la lumière; la nuit n'existe pas dans l'espace.
La nuit est un phénomène terrestre qui a été aboli par le voyage, de même que le voyage a aboli le corps où se logeait la nuit, dans la poitrine de l'homme. C'est Ovide qui l'a écrit dans son exil, sur le point de mourir:
"Quantum mortalia pectora caecae Noctis habent! De quelle quantité de Nuit totalement aveugle sont remplies les poitrines des hommes!"
Il n'est pas possible d'écouter la parole authentique de l'être sans se débarrasser du poids de la matière et de s'engager sur la voie du dépaysement; vaincre n'est rien, le tout est de survivre.
Serait-ce l'ambition de la technologie?
Ou plutôt le projet de l'art utilisant la technologie comme Arche de Noé,
comme vaisseau spatial pour s'éloigner d'une Apocalypse inévitable.
Le quelque chose qui se serait passé sans que nous sachions précisément quoi, ne serait-il pas l'effondrement d'un Monde déchu?
L'Apocalypse annoncée et redoutée serait alors derrière une humanité déjà disparue, vaincue par ses illusions et ses mensonges, ses faussetés
Le vaisseau poursuit sa route sans voyageur: il a été programmé
par l' intelligence créatrice de l'artiste; il revient parfois au lieu de départ dans un élan de nostalgie, pour recueillir peut-être des survivants du naufrage; puis reprend sa route vers l'infini pour se poser sur un Parthénon ouvert à la transparence du vent sidéral, disponible comme refuge à la sagesse de l'esprit, comme lieu de contemplation de la vérité, sous le regard bienveillant des planètes.
Nous arrivons au renouveau, au domaine de l'Etrangeté.
Être sera la nouvelle Arcadie!

Texte par Gilles Chalifoux

______
Presented at Perte de signal, Montreal